San Francisco : l'île d'Alcatraz

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Les Conquistadors espagnols l'appelaient "l'île aux pélicans". Les oiseaux sont toujours là (surtout les goélands) mais cela fait belle lurette que la Californie n'appartient plus à l'Espagne. Le célèbre pénitencier installé là durant des décennies a vu ses derniers prisonniers quitter l'île dans les années 1960. Lieu terrible et mythique à la fois, Alcatraz constitue une visite incontournable pour qui vient découvrir San Francisco. Je vous emmène ?


Découvrir Alcatraz

En 2018, nous avons fait un long séjour à San Francisco et dans sa région. Nous avions mis l'île d'Alcatraz en tête de notre "Top 10" des visites incontournables.
Avant de vous parler de la visite de l'île, je vous propose une petite présentation.
Située dans la baie de San Francisco, à 2 km de la côte et à 5 km du Golden Gate Bridge, la petite île d'Alcatraz est mentionnée pour la première fois en 1775. C'est Juan Manuel de Ayala, officier de la Marine espagnole et premier européen à entrer dans la baie, qui la signale lors d'une expédition maritime. À cette époque, l'Espagne possède la Californie ; par la suite, elle la cède au Mexique qui, à son tour, doit la céder aux États-Unis en 1848. Très vite, les Américains installent à Alcatraz un fort militaire destiné à garder l'entrée de la baie de San Francisco. L'endroit devient une prison militaire où sont enfermés des prisonniers de la Guerre de Sécession, des Amérindiens qui s'opposent au gouvernement, des déserteurs américains de la guerre de 1898...
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Alcatraz Federal Penitentiary

En 1934, la prison militaire devient un pénitencier fédéral de haute sécurité qui fonctionnera jusqu'en 1963. Les conditions de vie des détenus, sa réputation de prison dont on ne s'échappe pas et la présence de personnalités comme Al Capone, condamné en 1931 pour fraude fiscale, ou Robert Stroud, "The Birdman of Alcatraz", dont Burt Lancaster joue le rôle dans Le Prisonnier d'Alcatraz font passer l'île à la postérité. Des fenêtres de leurs cellules, ils voyaient San Francisco de l'autre côté de la baie, si proche et pourtant si lointaine.
alcatraz Nous nous sommes rendus sur l'île par une journée ensoleillée de juillet. Malgré la météo et la magnifique vue, j'ai éprouvé de la tristesse à visiter ces lieux. Même si la plupart des personnes emprisonnées ici étaient de terribles criminels endurcis, c'est émouvant de revenir sur leurs pas, sur leurs traces. Le vent violent qui règne sur l'île et le froid ressenti dans les bâtiments ne sont sûrement pas étrangers à mon impression.

Le pénitencier ouvre en août 1934. Très vite, sa réputation dépasse les frontières de la Californie. Le traitement réservé aux détenus et les conditions météo (le vent, la brume, l'eau glacée, les courants puissants...) font alors de l'évasion un rêve absolu. Au total, 36 prisonniers ont essayé de s'enfuir : 23 ont été capturés, 6 abattus, 2 se sont noyés et 5 sont toujours portés disparus.
C'est le cas de Frank Morris et des frères Anglin, auteurs de la tentative la plus audacieuse. En juin 1962, les trois hommes s'échappent grâce à un trou creusé dans le mur de leurs cellules laissant dans leurs lits des têtes en papier mâché. Ils prennent le large à bord d'un radeau confectionné avec des imperméables. On ne les reverra jamais. On suppose qu'ils se sont noyés mais, malgré le temps, Frank Morris et les frères Anglin sont toujours recherchés par les Autorités. Leur évasion est le sujet du film L'Évadé d'Alcatraz avec Clint Eastwood. La même année, John Paul Scott, un autre détenu, s'échappe et nage jusqu'à San Francisco, prouvant ainsi que cela est faisable, mais, complètement épuisé, il est repris.
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En venant ici, je n'avais pas pensé que l'île avait été le cadre de vie de familles. Le personnel y résidait avec femmes et enfants. Les plus âgés allaient à l'école à San Francisco en bateau. C'est assez étrange de voir les photos qui témoignent de leur vie sur l'île. Ils y ont vécu une existence plutôt agréable. Ils organisaient des tea parties dans leurs jolis jardins fleuris, les enfants jouaient sur l'île et certains couples y ont même célébré leur mariage. Pendant ce temps, derrière les barreaux, d'autres vivaient l'enfer.
Le glas sonne pour Alcatraz en 1963 : pour des raisons avant tout financières, le gouvernement américain ferme le pénitencier fédéral et transfert les prisonniers dans d'autres établissements. Le Rocher, comme on le surnomme, va désormais être inhabité durant plusieurs années.

Alcatraz, île amérindienne

En novembre 1969, un groupe d'une centaine d'Amérindiens appartenant à différentes tribus débarquent et occupent Alcatraz. Ils déclarent : "We hold the Rock!" ("Nous tenons le Rocher !"). S'appuyant sur un ancien traité, ils réclament qu'Alcatraz leur soit rendue. Cette occupation va durer jusqu'en juin 1971 lorsque des agents fédéraux évacuent les derniers occupants.
Aujourd'hui, leurs traces sont encore visibles. Un graffiti rouge disant "Peace and Freedom. Welcome. Home of the Free Indian Land" accueille toujours les visiteurs à leur sortie du bateau. Cette occupation est importante pour les Native Americans. Alcatraz ne leur a pas été rendue mais la politique américaine a positivement évolué sur ce sujet et leur leader, Richard Oakes, est à l'origine du premier département universitaire d'études amérindiennes des USA.
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Le Rocher aujourd'hui

L'île d'Alcatraz n'est pas immense. Elle s'étend sur 9 hectares. Elle est rocheuse, avec peu d'arbres mais de très nombreuses colonies d'oiseaux. On peut y découvrir l'ancienne prison fédérale mais aussi profiter de panoramas exceptionnels sur San Francisco, sur le Golden Gate Bridge, le Bay Bridge… L'aller-retour en ferry vaut à lui seul le voyage. Bien sûr, il faut avoir un peu de chance (on l'a eue !) car dans la San Francisco Bay Area, le brouillard est fréquent, surtout en été. Nous avions pris des billets standards ("Day Tour") sur un bateau partant en début d'après-midi.
Sur la photo-ci dessous, on aperçoit le Golden Gate Bridge à gauche et, plus à droite, la petite île d'Alcatraz dont on devine (difficilement certes) le phare.
alcatraz alcatraz alcatraz Après 15 minutes de traversée, nous débarquons sur l'île, un peu émus. Un des rangers fait le traditionnel speech (uniquement en anglais) puis nous prenons le chemin principal sur quelques centaines de mètres et entrons dans le Building 64. On y trouve une petite librairie, une exposition et une salle de projection pour l'intéressante vidéo "Alcatraz: stories from the Rock" qui sert d'introduction à la visite (comprise dans le billet, elle dure 17 min. et passe toutes les 1/2 h). Nous reprenons le chemin principal et montons tout en haut de l'île (ça grimpe !) pour découvrir cette fois la Cell house qui renferme les différents blocs de cellules et les salles annexes. L'entrée se fait par l'ancienne (et immense) salle des douches où les visiteurs commencent un Cellhouse self-guided audio tour (audio-guide compris dans le prix et disponible en plusieurs langues dont le français). Pendant 45 minutes env., il permet de découvrir de nombreuses parties de ce bâtiment si important durant l'époque du pénitencier. J'ai trouvé cette visite très intéressante, pas effrayante mais émouvante. Les choses sont bien faites, sans dramatisation.Le site est conservé dans son jus, les traces du passage du temps et des conditions météos se voient nettement sur les édifices dégradés et parfois en ruine. On a beau être en Californie, Alcatraz est un lieu souvent brumeux et venteux, très proche de San Francisco mais pourtant aussi très isolé. On devine que la vie dans cette prison devait être terrible.
alcatraz Durant le Cellhouse self-guided audio tour, les visiteurs découvrent à leur rythme la cour de promenade (vue dans de nombreux films, cf. photo ci-dessous), la cantine (qui affiche encore le menu du dernier jour), les cellules, la bibliothèque, le bureau du directeur... mais aussi les conditions de vie, des témoignages de prisonniers et gardiens et des histoires d'évasion ou de mutinerie. Après la visite du bureau du directeur, l'audio-guide nous emmène sur la terrasse, face à San Francisco. La vue est époustouflante ! Mais le vent a bien failli nous emporter (ok, j'exagère un peu mais c'était impressionnant). La visite se termine peu après et on ressort via la grande boutique de souvenirs. Dehors, le soleil et le vent sont toujours là.
la cour de promenade, alcatraz alcatraz

Alcatraz : the end

Nous ne nous précipitons pas, comme la plupart des visiteurs, vers le quai pour prendre le ferry de retour. Au contraire, nous prenons notre temps et revenons à l'arrière de la Cell house, vers le phare d'Alcatraz et la Warden's House, la résidence du directeur de la prison. De cette bâtisse, il ne reste plus que des ruines car elle a été incendiée en 1970 lors de l'occupation amérindienne.
Puis nous redescendons vers le château d'eau (ne pas manquez son graffiti rouge) en passant devant la minuscule morgue de l'île. La pointe nord d'Alcatraz semble n'être habitée que par des oiseaux.
alcatraz alcatraz Il n'y a que nous, des goélands et quelques vastes bâtiments anciens : la Storehouse (un "entrepôt" dont le toit porte le nom de l'île), la Power Plant (qui fournissait l'île en électricité), le Model Industries Building et le New Industries Building (qui accueillaient la blanchisserie et des ateliers). Le vent nous balaie par rafales.
Il est l'heure de reprendre le ferry, le capitaine nous attend, et de profiter, durant ce retour, de la magnifique vue sur San Francisco et le Golden Gate Bridge. Bye Bye Alcatraz !
Ferry du retour, alcatraz

Bon à savoir

Pour se rendre sur l'île d'Alcatraz, il n'y a qu'une possibilité : les ferries "Alcatraz Cruises" qui relient le port de San Francisco à l'île. Attention : il faut impérativement acheter ses billets plusieurs semaines à l'avance. En général, "Alcatraz Cruises" les met en vente 90 jours avant la date de la visite.
→ Le prix de la visite : en 2018 : un ticket adulte "Day Tour" (c'est-à-dire la visite standard) coûtait 40$ mais cela en vaut vraiment la peine !
Il existe d'autres billets (plus chers) pour éviter la foule dont le "Early Bird Tour" (départ à 8h45) ou le "Night Tour" (vers 18h). Lors de notre visite (après-midi de juillet), nous n'avons pas été gênés, le bateau était plein mais l'île est suffisamment grande pour que cela ne soit pas embêtant sur place.
→ À la pointe avant du ferry, il est dit "Caution wet zone". Il ne faut pas prendre cette pancarte à la légère : en cas de vagues, vous seriez trempé !
→ La durée de la visite n'est pas limitée (comptez au minimum 2h sur l'île) mais si vous avez un billet "Day Tour", il faut prendre le ferry du retour avant qu'arrivent les "Night tours".
→ On peut visiter Alcatraz en famille mais je ne vois pas trop l'intérêt de cette visite pour les jeunes enfants (sans parler du fait qu'en poussette, c'est compliqué).
Souvenirs d'Alcatraz : il y a une grande boutique à la sortie de la visite audio-guidée. La sélection est plutôt sympa, même si c'est un peu bizarre de rapporter un souvenir d'une prison.
Prenez vos précautions : même en été, il y a beaucoup de vent et dans les bâtiments, il fait frais. Je vous conseille d'emporter un pull et de bonnes chaussures. Notez aussi qu'il n'y a pas de nourriture sur l'île et qu'on ne peut manger et boire que sur le quai du ferry et sur l'aire de pique-nique.
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Pour en savoir plus

→ Mon article sur les guides de voyage pour la Californie, celui sur les guides de voyage pour San Francisco et mes différents articles sur la Californie (à retrouver via le "nuage", en cliquant sur Californie).
→ Le site internet officiel d'Alcatraz et celui (le seul !) où on réserve & achète les tickets.
→ Le très complet site AlcatrazHistory.com.
→ Un court reportage sur Alcatraz, à voir ICI.
→ Des cartes pratiques de l'île sur ce site.



Photos : VNS pour 7h09


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Commentaires

san

c'est beau! ;)

7h09

Merci monsieur ! J'ai surtout un bon photographe :)

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